Benjamin Stora : « Tout n’est pas joué d’avance »

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Vendredi, 6 Décembre, 2013
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Une part du racisme et des discriminations tire ses racines dans l’histoire des colonisations et des guerres. Mais pour Benjamin Stora, historien du Maghreb, il faut examiner l’ambivalence d’une telle histoire entre ségrégation et métissage.

 

 

 

Le comportement discriminatoire à l’égard des étrangers dans différents pays d’Europe est-il à rapprocher de la domination de l’époque coloniale?

 

Il y a toujours des traces, des survivances des comportements et des habitudes inscrites dans l’histoire. On peut toujours voir comment se transmettent des imaginaires de la domination et donc de la discrimination. Mais nous ne pouvons pas rester enfermés dans ce schéma. Tout n’est pas « joué d’avance parce que l’histoire en a décidé ainsi ». Il y a aussi des seuils, des combats franchis. Il y a des hommes, des femmes qui se sont battus pour transformer ces imaginaires. Il faut donc examiner l’ambivalence d’une telle histoire.

 

 

Les Turcs, en Allemagne, sont discriminés alors qu’ils n’étaient pas colonisés. Quelle en est la véritable raison?

 

Les Turcs sont les héritiers d’une grande histoire : l’histoire Ottomane. Or, cette histoire, c’est celle aussi de l’affrontement avec l’empire Austro-Hongrois. C’est le choc entre deux histoires anciennes qui se perpétue. Il ne s’agit pas au sens strict d’une histoire de même nature que l’histoire Française, de colonies. Cette période s’est terminée par la fin de l’Empire Ottoman et de l’Empire Austro-Hongrois. Il y a toujours des heurts, des oppositions très violentes.

 

 

Les pays anciennement colonisateurs traitent-ils moins bien leurs étrangers que les pays qui ne l’ont pas été ?

 

Les griefs, les ressentiments prennent du temps à être oubliés. Ça ne s’efface pas comme cela. Il y a par contre des phénomènes d’hybridité, de métissage, de mélange notamment linguistiques et littéraires qui se sont opérés. Donc, il y a à la fois des processus de ségrégation et de séparation, mais aussi des processus de circulation et de mélange. Ainsi, ces deux aspects cohabitent, même si parfois l’un peut l’emporter sur l’autre. A des moments de crise économique, des concepts de ségrégation peuvent l’emporter sur le métissage, ce qui semble être le cas en ce moment.

 

Propos recueillis par Julien Vanhée

 

 

 

Voyages en postcolonies, B. Stora. (Editions Stock)

Fidèle à une approche hybride, dans laquelle l’expérience personnelle et les observations enrichissent l’analyse historique, Benjamin Stora revient ici sur les séjours qu’il fit, de 1995 à 2002, successivement au Viêt Nam, en Algérie et au Maroc. Trois longs voyages dans ces pays devenus indépendants qui ont connu, chacun à sa manière, le système colonial français. Il raconte le silence le soir sur Hanoï comme un renvoi lointain au couvre-feu, les traces de guerre dans les paysages et les ombres diffuses laissées par le passé. Il décrit l’Algérie de 1998, émergeant des horreurs de la guerre civile, les traumatismes, les oublis et la nouvelle génération qui s’ébroue. Il dépeint le Maroc au début du règne de Mohammed VI, un pays saturé d’histoire, qui bouge lentement et où une jeunesse, en mal d’avenir, regarde ailleurs.

 

Passant de l’analyse comparative au diagnostic politique, de la rencontre avec quelques personnages clés à l’étude des images et des films, l’histoire écrite par Benjamin Stora est tout à la fois intellectuelle, sensible et visuelle. C’est une histoire vive qui puise à de multiples sources et éclaire, aussi, ce qui se passe dans notre propre pays. Une quatrième voyage, d’ailleurs, ramène l’historien en France où il constate, et regrette, que la question postcoloniale soit si largement ignorée. Ni le passé colonial, ni celui des minorités ne sont en effet intégrés dans le récit national républicain. Quant à la mémoire franco-algérienne, cinquante ans après l’indépendance, elle demeure conflictuelle

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