Politiciens et journalistes en visite au Zoo

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Mercredi, 1 Août, 2012
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Combien de fois avez-vous vus ces émissions? Reportages, caméra embarquées, journalistes accompagnant les policiers en banlieue... Pour en fait faire des reportages sensationnels comme s’ils allaient en visite dans un milieu sauvage...

Les journalistes, on ne les apprécie guère extra-muros. Certains se font insulter, frapper et cracher dessus. Ils sont taxés d’ennemis, d’indics. Comment en est-on arrivé là ?

Il existe un fossé entre le journaliste parisien et le jeune de cité. Ils ne viennent pas vraiment du même milieu social…

« Quatre-vingt-dix pour cent des journalistes appartiennent au microcosme parisien. Ils ont souvent le même parcours : fils de journalistes, Sciences-Po, l’école du Louvre. Ils sont coupés de la réalité sociale », remarque Jean-Claude Décugis, du Figaro. Lâcher un journaliste ignorant du monde de la banlieue dans une cité, c’est comme parachuter un flic ou une prof de province dans les quartiers dits sensibles : méconnaissance du mode de vie des habitants, de leur histoire, du tissu social, du langage, des codes qui régissent la rue. Au premier contact, ils sont paumés et « souvent peu aidés par leurs hiérarchies, totalement déconnectées de la réalité sociale ! » déclare Marie-Pierre Subtil, du Monde. Le reporter néophyte en sait souvent beaucoup plus sur un Khmer rouge du Cambodge que sur un lascar d’Aulnay ! « Les sujets banlieue sont aussi durs et intéressants qu’un reportage sur une région d’Afrique en guerre », estime Jean-Claude Décugis. Il ne s’agit pas de comparer les cités à des pays en guerre. Rien à voir. Il faut simplement que les moyens (argent, énergie, volonté, connaissance, formation) mis à la disposition des reporters à l’étranger soient donnés aux chroniqueurs des cités.

Le deuxième problème, c’est la course au sensationnel, sous la pression de l’audimat et du besoin de vendre. Se limiter au seul traitement de la violence revient à passer à côté de l’essentiel : le quotidien des cités. Quand on lui parle de razzias médiatiques, sur les explosions de violence opérées par certains journalistes, Jean-Claude Décugis répond : « les télés plus que la presse écrite volent les images. Les journalistes rapportent souvent la parole des flics et des institutions, ils ont peur d’aller dans les cités ». C’est justement ce type d’attitude (comment j’ai survécu à une émeute dans la cité) qui met les jeunes sur les nerfs. Et certains se prennent des claques « parce qu’ils courent après l’événementiel », tranche un directeur de la section journalisme d’une grande école parisienne. Effectivement beaucoup de journalistes se font des films sur la banlieue, ils jouent à se faire peur, projettent leurs propres fantasmes. Relatant son reportage à Dammarie, Olivier Bertrand de Libération dit qu’il « ne se cache pas derrière les cordons de C.R.S » et prétend « s’engouffrer au coeur de l’émeute »… Mais insiste : « Il n’y a rien de plus dangereux que la violence livrée pure, sans explication ». « Les journalistes font coup et disparaissent » renchérit Jean-Claude Décugis. Tout comme lui, Marie-Pierre Subtil se désintéresse du spectaculaire, préférant passer le temps nécessaire pour comprendre les mécanismes qui (dé)règlent la cité. Mais, si le critère de durée est indispensable, il n’est pas suffisant. Preuve en est, le reportage de Paris Match : J’ai passé deux mois dans la cité qui fait peur. Il semble difficile de se débarrasser de fantasmes… surtout lorsqu’ils sont vendeurs.

Le mode de recrutement dans les écoles, élitiste, est également en cause. Pour Jean-Claude Décugis, « il n’y a pas assez de journalistes issus de l’immigration, c’est un vrai problème. Il n’y a pas d’égalité ». Quelque chose frappe dans ses propos : « les vrais journalistes c’est les rappeurs ». On pense immédiatement à Chuck D de Public Enemy et son «Black CNN» : les rappeurs balancent une réalité brute, sans langue de bois. Et sont les seuls à décrire des lieux où personne ne va plus. Cette crédibilité des gars de la rue est contestée. La riposte des journalistes consiste souvent à brandir l’argument-alibi : « ce n’est pas parce que vous habitez la cité que vous en parlez mieux ». On sent leur gêne. Il faut arrêter de prendre les cités pour des zoos, les lascars pour des fauves. Lâcher l’affaire avec la peur, les fantasmes, la psychose. Il y a du pain sur la planche…

Karim Madani

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